La poésie d'Ausiàs March est un univers poétique sombre. Ecrite à la première personne, elle est habitée par un moi qui, tel un nouvel Adam, s'est révolté contre son Créateur en lui préférant sa dame et l'amour tout charnel qu'il lui porte. Par ce nouveau péché originel, le moi devient ½ amador + : son etre en est profondément modifié, et il mérite le chatiment de ceux qui osent contre- venir à l'ordre divin. Déchu de son humanité, il se sait condamné. Pourtant, chez lui, dans un mouvement d'orgueil stupéfiant, le chatiment sera auto-dispensé et auto-imposé : l'etre marchien sera exclu du monde des hommes et ne trouvera plus d'existence que par sa parole, douloureusement lucide et puissante, obsessionnelle et exclusive. La poésie marchienne se révèle ainsi comme le seul lieu d'existence possible pour un moi à l'orgueil hyperbolique, capable par son cri poétique de dresser à travers les siècles, pour l'éternité, son etre d'½ amador +.
Ausiàs March, el poeta más importante en lengua catalana del siglo XV, nos ha legado una obra inmensa cuya aparente heterogeneidad se resuelve en una exploración incesante de la naturaleza humana. La grandeza de su poesía, de una belleza ruda y violenta, consiste en haber mostrado, mediante imágenes sombrías y poderosas, las fallas y las insuficiencias de la antropología medieval y en haber sabido aportar, con esos mismos procedimientos poéticos, una respuesta no teórica sino poética, de una potencia sin igual.